Habemus Papam

Décidément, l’humain ne cessera jamais de me surprendre. Le «Habemus Papam» que nous attendions depuis l’ouverture du conclave venait à peine d’être proclamé que déjà, (et ce sans même savoir de qui il s’agissait) nous avions commencé à ériger sa croix. Lorsqu’il est alors apparu à 18h50 (heure de Rome) au balcon de la basilique Saint-Pierre, ce sont les clous que nous sortions. Moi-même je tenais le marteau lorsque je me rendis compte de ce que je m’apprêtais à faire. Fermant alors les yeux, je vis l’image du Christ en croix. Moi qui n’arrête pas de maudire ceux qui l’ont mis à mort, n’étais-je pas en train de répéter l’histoire? Je n’entendais plus qu’un murmure s’élevant des voix des quelques vingt personnes qui m’accompagnaient ce jour-là. Puis, ce murmure devint de plus en plus audible. Crucifiez-le ! Je me dirigeai donc vers le temple le plus près, m’agenouillai et demandai pardon à Dieu.

Quelques jours plus tard, «le chien de garde» que les médias nous avaient présenté, s’était transformé en bon pasteur. Déjà le discours s’adoucissait. Benoît XVI lui-même se présentait comme un agneau et demandait aux milliers de fidèles réunis sur la Place Saint-Pierre de prier pour lui. « Je ne me servirai pas du trône de Pierre pour faire passer mes idées. Mon véritable programme de gouvernement est de ne pas faire ma volonté, de ne pas poursuivre mes idées mais, avec toute l'Église, de me mettre à l'écoute de la parole et de la volonté du Seigneur et de me laisser guider par lui, de manière que ce soit lui-même qui guide l'Église en cette heure de notre histoire », a déclaré Benoît XVI . De quoi donner raison, selon moi, à ceux qui disent que le « grand inquisiteur de la foi » va faire place à un « pasteur universel ».

J’espère toujours me souvenir de mon comportement le jour de l’arrivée de Benoît XVI sur le trône de Saint-Pierre. Il n’y avait pas grand-chose de chrétien dans cette manière de réagir. Oui, l’Église a besoin d’un virage. Oui, les femmes ont beaucoup à lui apporter selon moi. Et oui, nous avons tous besoin d’être reconnu(e)s comme fils et filles de Dieu. Mais nous avons aussi la grâce d’appartenir à une Église capable d’écoute et qui nous entend, une Église capable d’ajustements. Vatican II en est la plus belle preuve contemporaine. Mais un virage, lorsqu’il s’avère nécessaire, se doit d’avoir été préparé. On n’entreprend pas un tel virage sur les chapeaux de roues. Et si Benoît XVI était celui capable d’amorcer ce virage? En attendant, acquiesçons à la demande du Saint-Père et unissons-nous à lui par la prière et laissons l’Esprit-Saint faire Son oeuvre.

Ive

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