Lettre à Fugues
Merci à Denis-Daniel Boullé pour son article intitulé « La Chasse aux homosexuels » paru dans Fugues de novembre, concernant l’attitude de certains pasteurs de l’Église catholique face à l’homosexualité. C’est un texte malheureusement rempli de vérité.L’église Saint-Pierre-Apôtre sur la rue de La Visitation dans le Village Gay de Montréal est bien placée pour le savoir. Yves Côté, intervenant en pastorale, homosexuel et responsable de l’accueil, y reçoit régulièrement des hommes de tous âges qui songent au suicide ou qui ont peur de « l’enfer » parce qu’ils sont nés homosexuels. Votre article est donc très justifié et votre bonté envers les homosexuels chrétiens nous a profondément touchés.Oui, il y a plein d’erreurs, d’aberrations, de non-sens et d’exclusions dans ce que l’on entend par les voix officielles de l’Église. Oui, il y a une énorme douleur à vivre chrétiens homosexuels dans l’Église d’aujourd’hui. Oui, il y a encore des blessés inconscients qui devraient faire attention de n’exclure personne par leurs discours. Alors pourquoi sommes-nous encore là? Parce que nous sommes croyants. Nous savons que le Christ aime particulièrement les exclus! Que le Christ a remis les grands-prêtres de son temps à leur place. Qu’il a dit : il n’y a que deux règles importantes : Aime ton Dieu et ton prochain, toi y compris. Nous ne nous priverons pas de notre communauté de foi, nous ne nous laisserons pas intimider. Nous sommes assez discrets, il est vrai, mais nous ne sommes pas inconscients, encore moins stupides. D’abord qu’entend-on par Église?
- Il y a le magistère (le Pape, les cardinaux et les évêques) et ses conseillers. Il représente souvent les valeurs conservatrices et de droite dans l’Église. Il aime les répertoires de péchés parce que cela permet d’identifier rapidement ceux qui ont la Vérité de ceux qui ne l’ont pas…
- Il y a l’Église de gauche. Celle-là, on l’entend peu. Elle œuvre. C’est celle qui prie dans le secret des chambres. Elle est humble, elle marche dans les rues, elle manifeste contre la mondialisation, elle meurt à Taizé, elle est femme autant que homme, elle est fraternité.
- Et il y a l’Église mystique. Celle à laquelle on appartient tous sans le savoir (athées, non-chrétiens, chrétiens, membres du magistère, etc…). Celle à laquelle profondément on aspire tous. Celle qui prie dans le secret des cœurs, qui cherche le sens profond de la vie, qui demande à l’Ultime ce qu’il y a au-delà de l’avoir, du savoir, du pouvoir et du valoir. Le Corps mystique du Christ, grand rassemblement d’hommes et de femmes de toutes les imperfections.
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Le Christ a dit : « La vérité vous rendra libre! »
(Jean 8,32)
Et la vérité, c’est que nous n’avons pas choisi d’être gais et lesbiennes. Le choix que nous faisons par contre, c’est de vivre chrétiens. Homosexuels et chrétiens. Vivre dans cette vérité nous introduit dans la liberté. Mais nous voulons aussi être libres de haine, libres d’un esprit de vengeance, libres de vaines quêtes de pouvoir. Notre refuge est la prière et la foi. Plus le magistère prend de place, plus il s’oblige à légaliser et à répondre à des fausses questions (peu de gais sont intéressés par le mariage chrétien et peu sont pédophiles), et plus les chrétiens ordinaires s’investissent et répandent la bonne nouvelle : l’amour INCONDITIONNEL de Dieu exprimé par le Christ, fondement même de l’amour de soi et des autres.L’homosexualité n’est pas un péché!
« …Un péché revêt la valeur d’une rupture plus ou moins grave avec Dieu. » (Sesboüé). Que l’on soit prêtre, marié, célibataire, hétéro, homo, nous péchons tous. Le seul péché est de vouloir rompre avec Dieu et avec notre dignité de fils et de filles de Dieu. Et nous sommes les seuls à connaître notre manière de rompre. Nous sommes les seuls à savoir vraiment ce qui interrompt ou perturbe notre quête de l’Ultime. Nous péchons tous parce que nous sommes humains et vivants. Nous sommes donc membres du Corps mystique de l’Église. Nous sommes là et nous y resterons. Il y aura toujours des pèlerins, il y aura toujours des communautés de foi, il y aura des frères qui s’entraident et des femmes qui prennent la parole et qui la prendront de plus en plus.Nous sommes chrétiens, catholiques, homosexuels et entourés de pasteurs et de religieuses qui pensent comme nous. Ils sont silencieux. Mais ils ne se taisent pas par lâcheté. Au contraire, si on savait combien ils sont accueillants, humbles et fraternels. Ils se taisent parce qu’ils sont Corps mystique du Christ, et probablement aussi secrètement par stratégie. Dans le silence et la discrétion, ils restent près de la vérité des gens de la vie ordinaire et malgré leur silence et leur « obéissance », ils sont portés par une parole intérieure qui les garde vraiment libres.
Lyse Desroches
pour le Conseil de pastorale de Saint-Pierre-Apôtre
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