« …tout seul au monde… »

Quelques histoires…

. Il court après une jolie fille, sourire aux lèvres, les bras tendus, elle fait semblant de se sauver en riant. Elle a un charme fou, il ne peut résister. Elle rit du ventre comme on rit quand c’est vrai. Ils ont 4 ans. Ils s’amusent au Centre de jour du YMCA.

. Elle se pâme devant le « toutou » et dit : « Il est très beau! » « Oui, répond celle qui tient la peluche serrée contre elle, il est beau. » « Moi, j’en ai un tout blanc reprend la première, je vais aller le chercher pour vous le montrer.» Leurs sourires se croisent doucement. Elles ont 79 ans, elles attendaient l’ascenseur au CHSLD Maison-Neuve.

. Elle est bien pâle dans son lit d’hôpital et elle fait bizarre avec une tête à demi rasée. Il y a un mois, au beau milieu d’un après-midi très froid, en train d’installer des décorations de Noël, une hémorragie cérébrale est venue brouiller toutes les pistes. Aujourd’hui, c’est un grand jour, elle vient de prononcer ses premiers mots : « Mais … e ». Elle vient aussi d’avoir 60 ans, femme brillante, belle, déterminée. La voilà qui se remet à parler. La voilà qui dit « oui », « non », qui comprend ce qu’on lui raconte. Les amis autour du lit lui disent qu’elle est aimée. Des larmes lui montent aux yeux.

. Il est livreur d’épicerie. Pas avocat, graphiste ou libraire, il est livreur d’épicerie. Maintenant qu’il est plus vieux, presque 70 ans , il a laissé ses autres emplois. C’était devenu trop difficile d’offrir le Journal, au coin de Sherbrooke et Tricentenaire à 5h30 du matin…Alors, maintenant que sa famille était à l’abri, il n’a gardé que l’épicerie. Et, cette femme drôle et charmante lui est tombée dans l’œil. Pourtant, il en croise des centaines de vieilles dames charmantes qui le payent bien en pourboire…En plus, elle est en fauteuil roulant…mais c’est d’elle qu’il s’est épris… Et de fois en fois, de jasettes en cafés, ils sont vraiment devenus amis choisis. Ils se sont fréquentés cinq ans. Un grand bout de temps au téléphone, lui trop malade, elle trop handicapée. Mais ils s’aimaient et se soutenaient moralement. Il est mort avant elle par élégance et un peu par dépit. Elle a eu encore une fois le cœur brisé.

. Elle est peintre. Elle a 97 ans. Tous les jours, elle travaille à un tableau. Lentement, elle met sur le papier sa représentation de la souffrance humaine : Rwanda, famine, guerre, tsunami. Sa solitude est lourde. Hélas! hélas! dit-elle, elle est encore en vie. Pourtant, elle peint, lit les philosophes, écoute les débats à la télé mais la vie est longue. Tous ses amis l’ont quittée. Mais le plus difficile c’est de ne plus avoir de mari. Ils étaient tellement amoureux. Voilà déjà si longtemps qu’elle vit sans lui. Elle n’aurait jamais pensé lui survivre, alors lui survivre si longtemps…

. Ils ont eu cette enfant trisomique et le monde s’est arrêté. « Pourquoi nous? » Et très rapidement, ils se sont dit : « Pourquoi pas nous? ». Pour finalement conclure : « Heureusement, ce fut nous. » Ils lui tout enseigné : marcher, parler, lire, etc, mais elle leur a tout appris : le sens des vrais valeurs, l’amour vrai et la tendresse. Elle était devenue une femme-soleil, ronde et chaleureuse. Elle avait une telle grandeur d’âme qu’à ses côtés on se sentait tout petit. Elle est morte trop tôt à 35 ans, d’une maladie virale foudroyante, en un mois, laissant dans la plus grande peine tous ceux qui l’ont aimée.

Aujourd’hui, sous la fenêtre de sa chambre, il y a un jardin de roses.  Elle aimait tellement les roses.

Ce ne sont que quelques histoires d’amour.

D’amours humaines. D’amitiés profondes.

 

La St-Valentin n’est pas la Fête des amoureux, elle est la fête de toutes les alliances. Il faut célébrer ce fait : on aime. Il faut aimer! Aimer point! Le voisin, le frère, la sœur, le neveu, la vieille tante, le sidéen, le mari, la femme… Il faut célébrer cet élan naturel, spirituel d’aimer. Sans nostalgie! Parce que toutes les illusions de l’amour humain s’écrasent un jour ou l’autre contre un mur.

On aura beau aimer, être aimé… « mais au bout du compte, comme le dit la merveilleuse chanson de Luc Plamondon, « …on est toujours tout seul au monde… ».

Je l’entends comme une prière. Certains croient qu’à la St-Valentin, il faudrait être deux, amoureux, comblés, rassurés. Pourtant…

« On est toujours tout seul au monde » mais avec Dieu.

La St-Valentin n’est donc pas la fête des amoureux mais la fête de l’amour.

Mon père, pour cette occasion, nous faisait parvenir une carte d’amour (très laide en général) et nous invitait à manger ensemble le dimanche avant ou après la St-Valentin. C’était mieux qu’à Noël : plus relaxe, pas de cadeaux, la présence des autres tout simplement pour l’amour.

À l’école, quand je travaillais, c’était une grande fête d’enfants qui mangeaient pour l’occasion plein de bonbons rouges mauvais pour les dents. Et généralement, le personnel dînait ensemble ou prenait l’apéro après le travail tout simplement pour être ensemble.

C’est vrai « seul au monde… » comme Corneille, mais… avec Dieu.

Alors on a intérêt à développer cette relation tout de suite, parce que plus tard, nous aurons peut-être trop mal aux os pour y arriver…

C’est long, développer une belle histoire d’amour.

C’est long avant de s’abandonner vraiment dans l’amour.

C’est long avant de bien connaître l’autre.

Pour Dieu, c’est encore plus long… Pas de son côté : son amour nous est inconditionnel, mais du nôtre. Il ne s’agit pas seulement de le prier mais de l’aimer…

C’est long pour ressentir une intimité qui survivra avec nous dans la mort. Une intimité qui fait qu’on ne se sentira plus jamais seul.

Plus jamais seul au monde.

Lyse

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