Le treizième plantIl y a de ça deux semaines, il était six heures du matin, j’étais étendu par terre dans mon petit coin de jardin à la campagne, en train d’arracher les gourmands sur mes plants de tomates. Mon chien était couché près de moi, ma tasse de café reposait sur le sol et je jouissais du silence qui régnait en maître sur le terrain tel un édredon confortable nous enveloppant. Je me mis soudain à réfléchir au côté paradoxal qui me poussait à agir. En effet, depuis plusieurs jours déjà, je me gonflais d’orgueil à les voir pousser en entendant les passant s’extasier sur la hauteur de mes plants, alors que je m’apprêtais à les étêter. Je dus me faire violence pour couper la cime du premier. Comment ne pas se faire violence pour couper ce qui semble faire envie chez nos voisins? Pour le deuxième, ce fût un peu plus facile et ainsi de suite jusqu’au douzième et dernier. Une fois le travail terminé, je regardais le résultat et je dois en toute honnêteté vous dire que ce qui me gonflait d’orgueil une heure auparavant faisait maintenant partie du passé. En effet, en étêtant mes plants, je venais de faire deux choses : les raccourcir de six pouces et accepter qu’ils ne poussent plus. Par le fait même, finis les commentaires élogieux des passants. Très difficile pour l’égo, croyez-moi! Il m’aura fallu attendre une semaine pour me rendre compte que tant qu’ils poussaient en hauteur, leurs fruits ne se développaient pas. La tige centrale se mit à grossir, et les fruits à profiter. Comme un enfant devant un parc d’attractions, je jouissais de ce qui s’offrait à ma vue. Des plants gros comme ça et des tomates qui ne cessent de profiter. Ça par contre, les passants ne peuvent le voir. Seulement moi! À chaque matin, je m’émerveille devant elles, remerciant Dieu de ce qu’Il m’apporte. Dans chacune d’elles, je retrouve un peu de Lui. Je vois la Vie. La Vie dans ce qu’elle peut nous apporter de plus beau. Sème et récolte. Dans ce «sème et récolte», je constate que ce que j’avais lu un jour sur un forum de discussion est vrai. La vie n’est rien d’autre qu’un grand boomerang, tout ce que tu lui envoies te revient. Si c’est vrai pour de simples plants de tomates, imaginons un instant comment cela s’applique aussi pour nous, humain que nous sommes.
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En façonnant mes douze plants, j’ai compris une chose. J’ai fait un parallèle entre mon coin de jardin et ma propre vie. J’entends des commentaires peu élogieux concernant ma roulotte à la campagne. C’est certain que si je la compare avec les châteaux que plusieurs se construisent, ma p’tite roulotte fait pitié. Je pourrais, et il serait très facile pour moi de le faire, emprunter à la banque et me construire une maison digne de ce nom. J’y ai pensé, je l’avoue. Mais ce serait comme laisser pousser un plant sans l’étêter. Je pousserais en orgueil sans donner de fruits. Je me pavanerais la tête bien haute, l’air de dire regardez-moi, alors que le bonheur auquel j’aspire est bien plus simple. Pourquoi en effet ferais-je étalage d’une fortune empruntée à la banque, alors que dans ma roulotte, j’ai plus que beaucoup de monde? Dans cette petite roulotte toute simple, achetée usagée, se cache à la vue des passants un trésor inestimable, le bonheur. Je croyais avoir façonné mes plants de tomates? Ne serait-ce pas plutôt eux qui auraient fait de moi le treizième plant? Ive
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